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L'hypnose en médecine bucco-dentaire

L-hypnose-sur-le-cerveau

L’hypnose est une technique ancienne, utilisée pour le soin dans les sociétés occidentales depuis au moins 200 ans. Par la parole, l’hypnose induit chez le patient un état de conscience particulier caractérisé par une indifférence à l’extérieur et une hyper suggestibilité. Cet état de conscience « hypnotique » peut être utilisé pour amplifier les ressources internes du patient de lutte contre l’anxiété et la douleur et faire disparaître des symptômes.

L’hypnose recouvre un ensemble de pratiques sensiblement différentes : hypnosédation (à visée sédative, utilisée en anesthésie), hypnoanalgésie (contre la douleur) et hypnothérapie (à visée psychothérapeutique). Les mécanismes physiologiques à l’œuvre dans l’hypnose ont été et sont encore régulièrement étudiés. Les résultats issus de ces études ont permis d’objectiver des modifications du fonctionnement cérébral en lien avec la transe hypnotique, mais ils ne permettent pas encore d’expliquer complètement le phénomène.

Dans quelles situations l’hypnose peut-elle être proposée ?

L’hypnose est proposée dans de très nombreuses situations, le plus souvent :

▶ dans la prise en charge de la douleur : hypoanalgésie.

▶ dans le cadre de certaines anesthésies : hypnosédation.

▶ dans certaines prises en charge psychothérapeutiques pratiquées en cas de phobies, de problème d’estime de soi, de troubles anxieux, de syndromes post-traumatiques, de trouble du comportement alimentaire, en addictologie, en gestion des émotions.

▶ dans le cadre de la préparation des grands sportifs.

▶ dans le cadre de soins palliatifs.

Cette pratique est-elle validée scientifiquement ?

Les données connues indiquent de manière convergente que l’utilisation de l’hypnose au cours ou avant une anesthésie, lors de certaines interventions chirurgicales ou médicales, permet de diminuer la consommation de sédatifs. Par ailleurs, il existe aussi suffisamment d’éléments de preuve pour pouvoir affirmer que l’hypnose a un intérêt thérapeutique potentiel dans la colopathie fonctionnelle (côlon irritable) en diminuant les douleurs abdominales et les symptômes digestifs.

À l’inverse, les données actuelles sont insuffisantes dans les autres indications, comme le sevrage tabagique (pris en charge également en médecine bucco-dentaire) ou la prise en charge de la douleur lors de l’accouchement.

L’étude des données de la littérature n’a pas rapporté d’effets indésirables graves attribuables à l’hypnose hormis la possible survenue de céphalées, somnolence et vertiges. Néanmoins, la possible création de faux souvenirs induits dans certaines pratiques de l’hypnose est un risque qui a été aussi souligné.

Parmi les très nombreuses indications thérapeutiques revendiquées, seules deux indications réunissent à ce jour suffisamment de données pour conclure à un intérêt thérapeutique probable : la sédation/analgésie en pré-opératoire et le syndrome du côlon irritable. Dans les autres situations médicales, il n’existe pas de preuve de l’efficacité de l’hypnose. L’hypnose à visée antalgique ou dans le cadre d’une sédation analgésique est considérée comme acte médical (mentionnée à la CCAM) et doit être réalisée dans le cadre d’une prise en charge médicale conventionnelle et non pas en substitution à celle-ci. Les médecins, chirurgiens-dentistes et les sages-femmes peuvent ainsi pratiquer cette hypnose ou, sous la responsabilité de ces derniers, d’autres professionnels de santé (dont les assistant(e)s dentaires) dans le cadre d’une prise en charge pluriprofessionnelle de la douleur.

Les chirurgiens-dentistes et l'hypnose en 2020.

L’enquête de l’INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale) en 2015 avait conclu que la pratique de l’hypnose par les chirurgiens-dentistes (avec ou sans leur assistant(e) dentaire) réalisée dans de bonnes conditions n’était pas sujette à caution face à la douleur aigüe et l’anxiété pré-opératoire. Le rapport pointait tout de même que les recherches étaient rares et d’un niveau non-satisfaisant. Qu'en est-il aujourd'hui ?

MAXILL’R a enquêté auprès de l’INSERM1 et du Ministère de la Santé. Cinq ans après ce rapport, les lignes n’ont pas bougé. Pas de nouvelle enquête ni de mise à jour en perspective ! De plus, le dossier « hypnose » est toujours classé au rayon « pratiques non-conventionnelles en santé » d’un bureau de l’avenue Duquesne… Statut encore en demi-teinte !

Pourtant, les chirurgiens-dentistes qui pratiquent l’hypnose, vous diront qu’ils ne peuvent plus se passer de cet appui complémentaire dans la facilitation des soins et des échanges avec les patients. Leur qualité de vie au travail s’en trouve améliorée et il y a moins de candidats au burn-out dans leurs rangs. Ceux-là ne sont sans doute pas trop dans la frustration de ne pouvoir disposer d’études très robustes pouvant prétendre au « gold standard » de la Fondation Cochrane.

Mais la cause de l’hypnose doit-elle pour autant se contenter de pareille situation atonique ? Les carences sont donc toujours à combler. Des nouvelles méthodologies de recherche sont à concevoir et les mondes de la recherche et de la clinique doivent se rapprocher et se compléter. Des spécialistes y travaillent au niveau international, mais leurs efforts n’ont pas encore fait retentir les trompettes de Jéricho. Pour que les murs tombent, il faut encore qu’au-delà d’une pratique reconnue, l’hypnose passe au statut réglementé avec des formations labellisées selon un référentiel national. L’acte de consultation d’hypnose à visée antalgique est déjà inscrit à la CCAM. Même s’il ne donne pas droit à un remboursement (sauf pour certaines complémentaires), c’est déjà un premier pas.

La « suggestion » de l’hypnose doit être plus que jamais suggérée auprès des professionnels de santé et de leurs autorités de tutelle.

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